CHAPITRE VI: L'ECOLE DE NANCY ET LA SUGGESTION.
L'Ecole
de Nancy, pas plus que celle de Paris, n'admet une action quelconque de
l'hypnotiseur sur l'hypnotisé. Les deux écoles repoussent absolument
l'hypothese d'un agent transmissible. Mais avant de nous occuper des idées et
théories de M. le professeur Bernheim et de ses éleves, mentionnons ce qu'a
écrit le Dr Liébeault, dans un ouvrage paru en 1883 : Etude sur le zoomagnétisme.
Le pere
de l'Ecole de Nancy, le grand apôtre de la suggestion, écrit ce qui suit :
« Nous
cherchâmes a répéter nos expériences sur un enfant encore plus jeune, d'apres
le conseil que nous donne M. le professeur Bernheim. Et, en principe, c'est ce
meme mode d'expérimenter que du Potet et M. Dumont avaient employé déja avec
avantage sur de tres jeunes sujets, dans un but exclusivement physiologique,
mais, au contraire de nous, en agissant a distance. Aussi, frappé de cette idée
juste, nous nous mîmes a l'affut d'une occasion d'expérimenter ainsi, et nous
ne tardâmes pas a la rencontrer. Une petite, nommée Louise Meyer, âgée de un
an, nous fut présentée dans la condition que nous désirions. Depuis quatre
semaines, cette enfant pleurait nuit et jour, et malgré les soins d'un fort bon
médecin, aucun mieux n'était encore survenu. Elle nous parut avoir des coliques
continues, effet d'une constipation opiniâtre. A peine si elle dormait de temps
a autre cinq a six minutes de suite. Pendant un de ces courts sommeils, et par
conséquent a son insu, nous prolongeâmes cet état et nous la tînmes vingt
minutes sous nos mains, jusqu'a ce qu'il y eut signe de réveil. De ce moment,
comme par enchantement, elle ne pleura plus, dormit meme une grande partie de
la nuit, et nous revint le lendemain, tranquille et commençant a avoir des
selles. Trois séances faites les jours suivants, mais sans qu'elle dormît,
acheverent sa guérison. »
Le Dr
Liébeault cite quarante-cinq
observations semblables, et, en homme sincere qui sait observer, il conclut :
«
D'apres les effets curatifs que nous venons de relater, nous sommes conduit a admettre une action directe de la neurilité se
transmettant d'homme a homme, et a ce caractere essentiel, irréductible et sui generis, celui de rétablir le
fonctionnement physiologique des organes. Un ébranlement nerveux, chez tous nos
malades, s'est transmis de nous a leurs systemes nerveux et, par suite, nous ne
savons trop de quelle maniere, a excité les organes lésés, dans un sens
bienfaisant. »
«
Quoique magnétiste psychologiste et longtemps adversaire de la théorie du
fluide par externation, il ne m'est plus
possible de soutenir que certains phénomenes ne soient pas dus a l'action d'un
organisme sur un autre, sans aucune intervention consciente du sujet mis en
expérimentation.
« Ce ne
serait pas un mince progres, si ces deux différentes manieres de voir étaient
enfin acceptées l'une et l'autre ; car elles permettent de rendre raison de
faits nombreux qui, auparavant, paraissaient inexplicables par l'une seule...
« En
attendant, nous invitons les vrais amis
de la science, ceux qui, indépendants,
ne reconnaissent pas l'infaillibilité des académiciens, nous les invitons a
vérifier nos expériences ; le travail en est facile, et nous sommes sur qu'ils
confirmeront nos conclusions, de meme que nous avons confirme, celles du
magnétiseur de Liege M. Langpretz... »
L'invitation
de M. Liébeault n'a pas été acceptée par les hypnotiseurs officiels, meme par
ceux qui le glorifient aujourd'hui en inaugurant son buste, et... cela est
navrant !...
Nous
savons parfaitement que la suggestion joue un tres grand rôle dans notre
existence ; nous partageons donc, jusqu'a un certain point, les théories du
professeur Bernheim. Mais, contrairement a lui, nous admettons des forces, des
agents, comme on voudra les nommer, qui n'ont rien de commun avec la
suggestion.
« La
suggestion, dit M. Bernheim, est toute idée suggérée et acceptée par le
cerveau, qui tend a se faire acte. »
C'est un
phénomene Centripete, auquel succede un phénomene centrifuge.
« Toute
cellule cérébrale actionnée par une idée, dit encore ce Maître, actionne les
fibres nerveuses qui doivent réaliser cette idée.
« Toute
idée arrive au cerveau par nos sens. Chacun des cinq sens : l'ouie, la
vue, l'odorat, le gout, le tact, peut envoyer au sensorium des impressions qui
deviennent idées et constituent des suggestions.
«
L'auto-suggestion est la suggestion née spontanément chez une personne, en
dehors de toute influence étrangere appréciable. En réalité, l'auto-suggestion
ne résulte pas d'une génération spontanée, elle est toujours liée a une
impression sensorielle qui donne naissance a une idée ou a une association
d'idées en rapport avec des souvenirs accumulés par suggestions antérieures. »
M.
Bernheim, cite une foule de cas a l'appui de sa these, cas qui, certes, ne sont
pas contestables, du moins la plupart. Mais ou nous trouvons qu'il pousse
cependant un peu loin la suggestion c'est lorsqu'il affirme que les effets
obtenus par l'électrothérapie, la balnéothérapie, l'hydrothérapie, le massage,
etc., ne sont dus qu'a la suggestion. Cependant, au sujet de la métallothérapie
et de la magnétothérapie, il dit ceci : « Je ne nie pas qu'il y ait autre
chose, mais je ne l'ai pas constaté. »
Parlant
des pratiques hypnotiques, le meme auteur cite les moines du mont Athos, les
fakirs et les yoguis des Indes, les mandebs d'Egypte, les gzanes arabes de
l'Afrique Française, les Aiaoussas, etc. ; il indique leurs procédés, mais
garde le silence – silence prudent - sur leurs expériences, sur les phénomenes
extraordinaires qu'ils produisent. Est-ce que M. le professeur Bernheim ignore
ces faits ?... Assurément non, mais il veut sans doute les laisser ignorer...
Et si jamais l'hypnotisme et la suggestion n'ont donné des résultats
approchants, est-ce suffisant pour les nier, pour mettre en doute les
affirmations de savants voyageurs qui ont relaté ces faits merveilleux ?
Pourquoi
aussi faire table rase des expérimentateurs qui ont précédé l'abbé Faria ou qui
lui ont succédé et qui soutenaient d'autres théories que celle de ce pretre bizarre,
de cet aventurier, pourrions-nous dire ?
« Le
remarquable rapport de Husson, dit-il, lu en 1831 a l'Académie de médecine,
confirma la réalité de presque tous les phénomenes que l'abbé Faria attribuait
franchement a la seule conviction des sujets. »
Que M.
Bernheim relise tres attentivement ce rapport ; il y trouvera des faits qui
infirment totalement ses assertions et qui, au contraire, sont tout en faveur
du magnétisme animal.
«C'est
le docteur Liébeault (de Nancy), dit-il encore, qui a ramené la question sur
son véritable terrain. Mieux que Braid, comme nous le verrons, il a saisi la
nature du phénomene.
«
Revenant a la doctrine de l'abbé Faria, il a montré que l'hypnose est un fait
purement psychologique, dont la suggestion est la clef ; il a décrit d'une
façon plus précise les divers degrés de l'état hypnotique, et créé la
psychothérapeutique suggestive, mal interprétée encore par Braid.
« Mais
le livre du docteur Liébeault, publié en 1866 : Du sommeil et des états analogues considérés surtout au point de vue de
l'action du moral sur le physique, et sa pratique resterent absolument
inconnus du monde médical jusqu'en 1883, époque ou je les fis connaître par des
articles publiés dans la Revue médicale
de l'Est et dans ma brochure : la
Suggestion dans l'état hypnotique et dans l'état de veille.
« Dans
l'intervalle, en 1875, Charles Richet avait appelé l'attention sur le
somnambulisme provoqué par une méthode analogue a celle de Braid, sans en
déduire d'application thérapeutique ; puis Charcot et ses éleves, en 1878,
étudiant l'hypnotisme chez les hystériques, crurent voir dans ces phénomenes
une névrose analogue a l'hystérie elle-meme, toujours greffée sur un terrain
hystérique, avec les trois phases caractéristiques. Ce n'était plus, comme
l'avaient établi Faria, Braid et Liébeault, un état physiologique ou
psycho-physiologique procédant d'une loi générale de l'économie animale,
c'était un état pathologique susceptible d'etre provoqué chez les hystériques,
comparable a la crise d'hystérie elle-meme. Personne ne songe aux applications
thérapeutiques possibles. L'expérimentation continue sur ce terrain, déraillée,
si je puis dire, dans une voie qui ne pouvait aboutir qu'a des résultats
erronés, de 1878 a 1884. (C'est peu aimable pour ses confreres de la Salpetriere.)
La publication de ma brochure et de mon livre et les travaux de l'école de
Nancy ramenerent la question sur son véritable terrain (Quelle
modestie !...) et les nombreux travaux de tous les pays, qui sont venus
confirmer notre doctrine et ses applications thérapeutiques, doivent leur
origine a notre initiative, éclairée par la pratique de M. Liébeault. »
Le livre
du professeur de Nancy ne contient pas qu'une erreur... Bien des médecins et
des hommes instruits traitaient les malades par le magnétisme, par la
suggestion, si l'on veut, avant Liébeault et son éleve.
Apres de
nombreuses digressions pour démontrer que la suggestion est tout dans les
phénomenes qui nous occupent et que l'hypnotisme n'est qu'un adjuvant de la
suggestion, M. Bernbeim dit :
« Si
l'on veut conserver le mot hypnose, état hypnotique, nous le définissons ainsi
: état psychique particulier susceptible
d'etre provoqué, qui met en activité ou exalte a des degrés divers la
suggestibilité, c'est-a-dire l'aptitude a etre influencé par une idée acceptée
par le cerveau et a la réaliser. »
Dans son
livre, M. Bernheim indique les procédés des principaux magnétiseurs, procédés
que nous connaissons déja ; il indique également ceux des hypnotiseurs de
l'école de la Salpetriere, mais, a ses yeux, les uns comme les autres n'ont
aucune valeur ou du moins sont absolument inutiles, puisque la suggestion seule
est la cause de tous les phénomenes, et voici ce qu'il dit, a la suite du
procédé de Braid :
« On
voit que, pour Braid, il y avait deux choses : la concentration fixe de l'oil
visuel amenant un phénomene physique ou physiologique et la concentration de
l'oil mental, de l'attention sur un objet. Ce n'est pas la conception nette de
la suggestion pure telle que Faria l'avait formulée, telle que Liébeault devait
la retrouver.
« Aussi
les successeurs de Braid, mal éclairés
sur la doctrine suggestive de l'hypnotisme, continuerent-ils a procéder
empiriquement, soit par fixation des yeux, soit par des passes. »
Et... il
donne immédiatement le modus faciendi
de son collegue de Paris, du professeur Ch. Richet :
« Je
prends, dit Richet, chacun des pouces du sujet dans une main et je les serre
fortement, mais d'une maniere uniforme. Je prolonge cette manouvre pendant
trois ou quatre minutes ; en général, les personnes nerveuses ressentent déja
une pesanteur dans les bras, aux coudes et surtout aux poignets. Puis je fais
des passes, en portant les mains étendues sur la tete, le front, les épaules,
mais surtout les paupieres. Les passes consistent a faire des mouvements
uniformes de haut en bas, ou devant les yeux, comme si, en abaissant les mains,
on pouvait faire fermer les paupieres. Au début de mes tentatives, je pensais
qu'il était nécessaire de faire fixer un objet quelconque par le patient, mais
il m'a semblé que c'était la une complication inutile. La fixation du regard a
peut-etre quelque influence, mais elle n'est pas indispensable. »
Apres
une petite pointe sur les procédés et les théories de l'École de la
Salpetriere, M. Bernheim ajoute :
« Tous
ces procédés, si variables, si bizarres, les uns simples, les autres complexes,
n'ont absolument rien de commun, ni comme manipulation, ni comme excitation
sensorielles. Chose singuliere !
« La
meme impression brusque, lumineuse, auditive, ou la meme impression lente et
monotone, ou les memes passes, ont pu fortuitement affecter souvent les sujets
hypnotisables, sans déterminer l'hypnose : elles ne l'ont produite que
lorsqu'elles étaient spécialement faites dans ce but. Tout peut réussir chez un
sujet, pourvu qu'il soit prévenu. C'est qu'un seul élément intervient en
réalité dans tous ces procédés divers : c'est la suggestion. Le sujet s'endort
(ou est hypnosé) lorsqu'il sait qu'il doit dormir, lorsqu'il a une sensation
qui l'invite au sommeil. C'est sa propre foi, son impressionnabilité psychique
qui l'endort. Cette vérité a été nettement établie par l'abbé Faria et surtout
par le docteur Liébeault. »
Le
médecin de Nancy, revenant a la simple méthode de Faria, hypnotise par
suggestion verbale. Voici comment il expose son modus faciendi :
«
Pendant que le sujet immobilise ses yeux sur ceux de l'opérateur, il isole ses
sens des impressions extérieures et meme intérieures ; on lui affirme de ne
songer qu'a dormir et a guérir; on lui annonce les phénomenes initiaux du
sommeil, engourdissement du corps, besoin de dormir, lourdeur des paupieres,
insensibilité.
« Quand
on aperçoit que les paupieres clignotent, s'alourdissent, que l'oil prend un
aspect étonné, que la pupille oscille ou se dilate on dit : « Dormez. » Et si les
paupieres ne se ferment pas, on répete plusieurs fois la meme série
d'affirmations ; puis les pouces, placés de chaque côté des yeux, sont
appliqués sur les paupieres abaissées, pendant qu'on continue la suggestion.
Si, au bout d'une minute, rien ne se manifeste, on remet la chose au lendemain.
»
M.
Bernheim ne nie pas précisément qu'on puisse produire le sommeil nerveux avec
un objet brillant, sans prévenir le sujet qu'il va dormir ; mais, dit-il, la
fatigue éprouvée par les yeux, la pesanteur des paupieres prédisposent au
sommeil et, naturellement, le patient s'auto-suggestionne et le sommeil a lieu.
Donc, pour lui, ce n'est qu'affaire de suggestion, et il ajoute:
« Mais
la plupart des personnes peuvent fixer indéfiniment un objet brillant :
l'hypnose ne vient pas. J'ai maintes fois essayé ce procédé chez des sujets
nouveaux, sans rien obtenir au bout de dix minutes ou plus. Et alors, en
quelques secondes, par suggestion verbale, quelquefois un simple mot: «
Dormez ! L’hypnose est la plus ou moins profonde. »
« Les
passes, les attouchements, les excitations sensorielles ne réussissent, je le
répete, que lorsqu'elles sont associées a l'idée donnée au sujet ou devinée par
lui qu'il doit dormir. Les prétendues zones hypnogenes n'existent pas, en
dehors de la suggestion. On peut les créer artificiellement chez tout sujet
habitué a l'hypnose : je touche un point quelconque de son corps et il
s'endort, ou bien je crée certains points déterminés dont seul l'attouchement
l'endort ; j'en crée d'autres dont l'attouchement le réveille. Tout est, je le
répete, dans la suggestion. Les passes, la fixation des yeux ou d'un objet
brillant, l'attouchement ne sont nullement nécessaires, la parole seule suffit. »
« Les
gestes ne sont utiles que pour renforcer la suggestion, en l'incarnant dans une
pratique matérielle propre a concentrer l'attention du sujet. »
« Tous
ces procédés se réduisent donc, en réalité, a un seul : la suggestion.
Impressionner le sujet et faire pénétrer l'idée du sommeil dans son cerveau,
tel est le probleme.
«
L'expérience apprend (la sienne seulement et non celle des autres, car : hors
de son église point de salut) que le moyen le plus simple et le meilleur, pour
impressionner le sujet, est la parole. Certains, et ils ne sont pas rares, sont
si faciles a impressionner qu'un simple mot suffit a provoquer chacun des
phénomenes de l'hypnose avec ou sans sommeil. Comme nous l'avons dit
antérieurement, sans les endormir, par simple affirmation, je produis chez eux
de la catalepsie, de l'analgésie, des hallucinations. Ce sont la des
suggestibles, des somnambules, sans artifice de préparation. Chez eux, toute
idée déposée dans le cerveau se traduit immédiatement en acte. L'assimilation
de l’idée et sa transformation en sensation, mouvement, image, etc., sont si
instantanées que l'initiative cérébrale n'a pas le temps d'intervenir pour les
empecher.
« Chez
la plupart, l'impressionnabilité est moindre : l'hypnose ne s'obtient qu'en
renforçant l'impression par une parole répétée avec insinuation ou force, aidée
de certains moyens destinés a capter l'esprit.
« Il est
bon que la personne a hypnotiser en ait vu d'autres hypnotisées devant elle ;
il est bon qu'elle ait vécu pendant quelques jours dans une atmosphere
suggestive, qu'elle se soit ainsi pénétrée de l'idée que tout le monde est
suggestible, qu'elle ait vu les phénomenes de catalepsie, d'anesthésie,
d'obéissance passive, de guérison. A ceux qui sont craintifs, il est bon
d'épargner le spectacle d'hallucinations ou d'autres phénomenes émotifs, avant
qu'on n'ait déja opéré sur eux-memes, car il importe en général d'éloigner de
l'esprit tout ce qui peut l'effrayer, le troubler et provoquer une certaine
résistance. Ils ne doivent avoir vu que les effets bienfaisants de
l'hypnotisme. Quand j'ai affaire a un pusillanime ou a une personne prévenue
contre l'hypnotisme, j'attends en général sans la violenter ; je lui insinue
simplement que la suggestion lui serait utile, je lui montre des effets heureux
et j'attends qu'elle me les demande elle-meme. On trouve en ville beaucoup de
personnes terrorisées par des médecins incompétents, sur les dangers de
l'hypnotisme ; dans les hôpitaux, on trouve des malades défiants qui se
figurent qu'on veut en faire des sujets d'expérience. On se heurte alors a
quelque résistance. La personne qu'on a l'intention d'hypnotiser doit etre, si
possible, dans un milieu dévoué et confiant en l'opérateur. Alors, en peu de
temps, le terrain est préparé : le sujet se livre sans arriere pensée.
«
L'hypnose est en général facile : le sujet est couché ou commodément assis sur
un fauteuil ; je le laisse se recueillir quelques instants, tout en disant que
je vais l'endormir tres facilement d'un sommeil doux, calme comme le sommeil
naturel. J'approche une main doucement de ses yeux et je dis : « Dormez. »
Quelques-uns ferment les yeux instantanément et sont pris. D'autres, sans
fermer les yeux, sont pris le regard fixe et avec tous les phénomenes de
l'hypnose. D'autres présentent quelques clignements des paupieres : les yeux
s'ouvrent et se ferment alternativement. En général, je ne les laisse pas
longtemps ouvert s; s'ils ne se ferment pas spontanément, je les maintiens clos
quelque temps, et si je surprends quelque résistance, j'ajoute - « Laissez-vous
aller ; vos paupieres sont lourdes, vos membres s'engourdissent, le sommeil
vient. Dormez. » Il est rare qu'une ou deux minutes se passent sans que
l'hypnose soit arrivée. (Merveilleux, mais pas exact.) Quelques-uns restent
d'emblée immobiles et inertes ; d'autres cherchent a se ressaisir, rouvrent les
yeux, se réveillent a chaque instant. (Ce n'est pas surprenant, ils ne dorment
pas, mais ils veulent etre agréables au Professeur.) J'insiste, je maintiens
les paupieres closes, je dis - « Continuez a dormir. » (C'est admirable !)
« Dans
la pratique hospitaliere, ou l'imitation joue un rôle considérable, ou
l'autorité du médecin est plus grande (c'est surtout la ou Bernheim a du succes...)
ou les sujets les plus dociles, moins raffinés, sont plus aisés a etre
impressionnés, cela se passe le plus souvent ainsi.
« Les
quatre cinquiemes au moins de nos sujets tombent ainsi dans un sommeil profond
avec amnésie au réveil. (Merveilleux encore... mais l'école de la Salpetriere
admet a peine une proportion de quinze pour cent).
« D'autres,
moins bien préparés, moins dociles, surtout dans la clientele de la ville, se
laissent aller plus difficilement. L'hypnose étant moins profonde, ils n'ont
pas conscience qu'ils sont influencés. (Assurément, car, avec cette méthode, et
quoi qu'en dise le Professeur de Nancy, huit sur dix de ses pseudo-influencés
n'éprouvent absolument rien : ceci nous a été affirmé par maints sujets s'étant
pretés a ses expériences.) L'opérateur surprend dans l'attitude du sujet une
certaine inquiétude ; quelquefois le sujet dit qu'il ne dort pas, qu'il ne peut
dormir. J'insiste, je lui dis : « Je sais que vous m'entendez. Vous devez
m'entendre : vous pouvez etre hypnotisé, tout en m'entendant. Le sommeil
complet n'est pas nécessaire. Ne parlez pas, tenez les yeux clos. Écoutez bien,
etc. » Je tâche ainsi de capter son esprit soit par insinuation douce, soit par
autorité, suivant l'individualité psychique du sujet. Et je leve doucement le
bras en l’air. J'obtiens souvent alors, meme quand le sujet ne croit pas etre
influencé, une catalepsie suggestive plus ou moins irrésistible, parfois des
mouvements automatiques, puis de la contracture. J'arrive a un degré plus ou
moins avancé de l'hypnose sans sommeil proprement dit, ou du moins sans que le
sujet ait conscience du sommeil. Quelquefois, dans la meme séance, j'arrive
graduellement chez lui a réaliser toute la série des phénomenes. Chez certains,
qui paraissent récalcitrants, il m'est arrivé d'obtenir ainsi par suggestion de
l'amnésie au réveil. D'autres ne franchissent pas les premiers degrés dans la
premiere séance; dans les suivantes ils peuvent arriver a l'hypnose complete,
mais tous n'y arrivent pas.
«
L'opérateur doit avoir une assurance calme et froide. S'il hésite ou a l'air
d'hésiter, le sujet peut suivre cette hésitation et en subir l'influence contre-suggestive
; il ne s'endort pas ou se réveille. Si l'opérateur a l'air de se donner
beaucoup de peine, s'il sue sang et eau pour endormir son sujet, celui-ci peut
se pénétrer de l'idée qu'il est difficile a hypnotiser ; plus on s'acharne
apres lui moins il se sent influencé. Calme, assurance, simplicité dans le
procédé, voila ce qui réussit le mieux.
«
Quelques opérateurs qui n'ont pas encore l'expérience suffisante se laissent
influencer par les signes de conscience que présente le sujet, tels que rire, geste,
ouverture des yeux, paroles prononcées ; ils le croient réfractaire parce qu'il
rit ou manifeste. Ils oublient que l'hypnotisé est un etre conscient qui
entend, se rend compte et subit toutes les impressions du milieu qui l'entoure.
(Ce qui démontre que les hypnotisés de Bornholm n'ont rien de commun avec les
hypnotisés de la Salpetriere, et encore moins avec les magnétisés.) Je montre
tous les jours a mes éleves des hypnotisés qui rient quand on dit quelque chose
qui prete a rire ; il en est qui ressemblent a s'y méprendre a des simulateurs,
que des observateurs non expérimentés prennent pour des complaisants. (En
vérité, il faut avoir une grande dose de crédulité, une bien singuliere
confiance en soi, pour prendre ces « farceurs » pour des sujets impressionnables,
et si ce maître de la suggestion avait essayé d'expérimenter coram populo, il aurait obtenu un
immense succes... de fou rire : c'est vraiment pitoyable de voir un agrégé de
médecine soutenir de pareilles balivernes.)
« La
plupart des hypnotisés, toutefois, quand on ne les sort pas de leur torpeur,
restent inertes, impassibles, le masque sérieux, le front plissé avec une
expression caractéristique ; mais la conscience survit toujours sous ce masque
inerte. Chez quelques-uns cependant qui prennent des le début la chose en riant
et qui résistent, j'interviens avec brusquerie, je prononce des paroles
séveres, je les impressionne avec autorité ; je réprime ainsi leur velléité de
gouaillerie et de résistance, et souvent j'obtiens l'effet. (Dans son service
d'hôpital, ou il réussit si bien, c'est probable, ses malades ne voulant pas se
mettre mal avec le chef, mais en ville ?...)
« Il
en est aussi qui, tout en se laissant aller, ne savent réaliser qu'un
engourdissement douteux qui ne les satisfait pas. J'arrive parfois a
transformer cet état en sommeil profond, en disant au sujet : « Je vous laisse
vous rendormir seul, gardez les yeux fermés. Le sommeil va venir. » Et je le
laisse. Au bout d'un certain temps, au bout d'un quart d'heure, par exemple, je
retourne a lui et je dis : « Continuez a dormir. » Quelquefois (pas toujours,
sans doute) je constate alors que la catalepsie existe, que les phénomenes de
l'hypnose sont bien accentués, meme avec amnésie au réveil chez quelques-uns.
(Quels sont ses moyens de contrôle ? Le professeur ne les indique pas, pourtant
il en existe : il est vrai que sa perspicacité est si grande qu'il ne peut se
tromper et, partant, se laisser duper ...)
« Voila dans ses grands traits notre procédé
d'hypnotisation. Chaque opérateur arrivera, par habitude, a varier les
procédés et a les adaptera l'individualité psychique de chacun. L'insinuation
donc convient mieux pour les uns, la brusquerie pour les autres. L'occlusion
des yeux, quelques frictions sur les globes oculaires, l'exhortation prolongée,
continue, grisant et berçant graduellement chez ceux-ci, l'affirmation sur un
ton d'autorité sans réplique chez ceux-la, une suggestion matérielle telle que
la chaleur, engourdissant, concentrant l'attention sur une sensation et captivant
le sensorisme pour l'empecher de se diffuser sur d'autres objets, tout cela
n'est pas susceptible de regle fixe. Chaque opérateur arrivera par habitude a
se faire son modus faciendi.
« A
Nancy, M. Liébeault, M. Beaunis, M. Liégeois et moi, nous opérons chacun a
notre maniere par suggestion. C'est aussi une question de sagacité personnelle
et d'observation psychique L'hypnotisme s'apprend a la besogne, sous une bonne
direction, comme l'auscultation, la laryngoscopie, l'ophtalmoscopie. On n'est
pas hypnotiseur quand on a hypnotisé deux ou trois sujets qui s'hypnotisent
tout seuls. (Mais il nous semble que c'est bien le cas de ses sujets, de
s'hypnotiser tout seuls ? ...) On l'est quand, dans un service d'hôpital ou
l'on a de l'autorité sur les malades (c'est bien ce que nous soutenons), on
influence huit a neuf sujets sur dix. (Admirable !) Tant que ce résultat n'est
pas obtenu, on doit etre réservé dans ses appréciations (il devrait, le
premier, suivre son conseil) et se dire que son éducation sur le sujet n'est
pas achevée.
« Un mot sur le réveil des hypnotisés. -
Il se fait de la façon la plus simple du monde par suggestion. Je dis
ordinairement : « C'est fini ! Réveillez-vous ! » La plupart se
réveillent. Quelques-uns paraissent avoir de la peine a le faire, au moins dans
les premieres séances. Ils semblent ne pas entendre. Ils n'ont pas assez
d'initiative pour sortir spontanément de l'état hypnotique. J'accentue, je dis
: « Vos yeux s'ouvrent ! Vous etes réveillé ! » Ou bien, renforçant
la suggestion par une pratique matérielle, je dis aux assistants, en montrant
un point arbitraire de la tete ou du corps : « Il suffit que je touche ce point
pour qu'immédiatement les yeux s'ouvrent. » Ce moyen n'échoue presque
jamais ; je touche ou je presse quelque peu cette région, pour que le réveil se
fasse. Je n'emploie jamais ni frictions, ni insufflation sur les yeux. Le
réveil est on ne peut plus facile, quand on est bien pénétré de cette vérité
que tout est dans la suggestion. »
Voila,
au complet, le procédé de M. le professeur Bernheim, procédé qui, comme on le
voit, doit réussir sur les neuf dixiemes
des sujets. Que les amateurs l'essayent... !
Afin de
renseigner plus completement le lecteur sur l'accord qui existe actuellement
entre les hynoptiseurs de l'école de Paris et les suggestionneurs de l'école de
Nancy, nous allons puiser dans les rapports du Deuxieme congres international de l'hypnotisme.
Dans son
discours d'ouverture, M. le professeur Raymond, président d'honneur de ce
congres, dit : « Personne ne s'étonnera aujourd'hui de voir, a la tete de
cette réunion, un représentant de la Faculté de Médecine de Paris, celui qui
est chargé de l'enseignement officiel des maladies du systeme nerveux. A
quelles appréciations désobligeantes il se fut exposé, il y a seulement un
quart de siecle, s'il avait été appelé a présider un congres consacré a l'étude
des phénomenes du Magnétisme animal.
« A
cette époque, il était presque nécessaire de se cacher, pour se livrer a de
pareilles recherches, et les jugements, sans appel, des académies, avaient
décrété la disparition des somnambules et de leurs crises. Un changement
considérable s'est donc produit dans l'opinion du monde savant ; il a ouvert la
voie a des recherches innombrables et fructueuses ; il a rendu possible une réunion
scientifique comme la nôtre »
Les
premiers hypnotiseurs avaient été aussi malmenés que les magnétiseurs.
Apres
avoir indiqué la classification de Charcot et parlé des idées opposées de
Bernheim, le professeur Raymond ajoute :
« On
peut dire, en un mot, que si le mérite de l'Ecole (le la Salpetriere a été de
rechercher le déterminisme dans ces phénomenes de l'hypnotisme, le mérite de
l'école de Nancy a été de chercher la pensée, les faits psychologiques dans ces
memes phénomenes. »
« La
classification méthodique des phénomenes qui ressortissent au somnambulisme,
classification fondée sur des caracteres objectifs, avait déja été tentée bien
des fois par des magnétiseurs. Mon collaborateur Pierre Janet a signalé un
point d'histoire peu connu. (Peu ou pas connu des hypnotiseurs, mais bien connu
des magnétiseurs.) On retrouve, dans certains écrits consacrés a l'étude de
l'ancien magnétisme animal, dans des livres qui datent de 1840 (antérieurement,
il y en a qui traitent la question qui nous occupe en ce moment) la fameuse
division du sommeil hypnotique en trois états ou phases. (Charcot n'a donc rien
inventé.) Despine disait déja : catalepsie,
somnambulisme mort et somnambulisme vivant. D'autres auteurs groupaient de
la meme maniere les manifestations du somnambulisme.
« Je
vous rappelle aussi que la recherche des caracteres matériels somatiques, des
manifestations du somnambulisme avait été poursuivie par ceux qui
s'intitulaient fluidistes. Ceux-la
représentaient les contractures comme les marques matérielles de l'action de
leur fluide.
« Il n'y
a rien de nouveau sous le soleil ; la querelle qui s'est élevée entre l'école
de la Salpetriere et l'école de Nancy n'est que le renouvellement de celle qui
divisait autrefois les fluidistes et les
animistes et qui remplissait les colonnes des journaux de l'époque
consacrés a l'étude du Magnétisme animal.
« Soyons
éclectiques, Messieurs, et nous serons justes...
« On ne
pouvait admettre, jadis, qu'un fait put etre déterminé scientifiquement, du
moment qu'il était d'ordre psychologique. Expliquer un phénomene, en faisant
intervenir la pensée, l'imagination, c'était, disait-on, s'abandonner a
l'arbitraire. Les fluidistes ne se lassaient point d'opposer semblable
objection aux théories des animistes. »
On
devrait suivre les excellents conseils de cet éminent Maître, mais on ne les
suit pas.
Le
docteur Bérillon, dans son rapport : Histoire
de l'hypnotisme expérimental, dit :
«
Liébeault a formulé une ingénieuse théorie sur la production du sommeil
provoqué.
« Il
place tous les phénomenes de l'hypnotisme sous la dépendance de l'attention
qu'il envisage comme une force nerveuse, rayonnante, circulante et susceptible
de la suggestion dans des rayons déterminés de l'organisme. »
Dans le
meme travail, nous trouvons ce qui suit, au sujet du professeur Richet, qui est
loin de partager les idées de l'auteur :
« M.
Richet, un des premiers, a reconnu le rôle que l'hypnotisme est appelé a jouer
comme procédé d'investigation psychologique, et il l'a fait dans les termes
suivants :
« L'hypnotisme
est un véritable appareil de vivisection psychologique. Grâce aux travaux des
médecins et des physiologistes qui ont étudié l'hypnotisme, nous connaissons
l'inconscient, nous savons que cet inconscient accomplit silencieusement des
opérations intellectuelles merveilleuses, et il est évident que l'étude
approfondie de l'écriture automatique amenera a connaître cet inconscient
surprenant qui est en nous, et qu'on avait jusqu'ici a peine soupçonné... »
Nous
trouvons une opinion de Dumontpallier, sur les recherches métalloscopiques de
Burq, que nous croyons utiles de faire connaître pour montrer l'énorme
divergence de vue qui existait entre cet expérimentateur et Bernheim.
« Dans
le cours ce ses expériences, Dumontpallier avait été successivement conduit a
étudier le rôle joué par les agents
physiques dans la production des phénomenes de l'hypnotisme. Il arriva a
cette conclusion que les manifestations observées dans les états profonds de
l'hypnotisme procédaient des modifications périphériques déterminées sur la
peau et les organes des sens par les agents physiques. Il en fit la
démonstration dans un grand nombre d'expériences ou il agissait avec le vent
d'un soufflet ordinaire, la chaleur, le froid, les courants électriques, la
lumiere solaire directe ou réfléchie, les raies du spectre, le son, etc., etc.
Toutes ces expériences mettaient en évidence l'extreme impressionnabilité
réflexe des hystériques en état d'hypnotisme. C'est ce qu'il exprimait de la
façon la plus expressive, dans un mémoire a l'Académie des sciences, en disant
: « Il ressort de tous ces faits que les hystériques, en état d'hypnotisme,
offrent une hyperexcitabilité nerveuse telle qu'il n'est pas d'instrument de
physique qui puisse arriver a un meme degré d'actions aussi infinitésimales déterminées
par les divers agents physiques. »
M. le
professeur Jamin, de la Sorbonne, ayant assisté aux expériences de la Pitié,
dit : « Dans nos laboratoires, nous n'avons pas de réactifs plus sensibles que
ne le sont nos hystériques. »
Les
éleves de Damontpallier pourraient bien admettre que, si les agents physiques
indiqués plus haut impressionnent les sensitifs, l'électricité animale émanant
de notre corps peut tout aussi bien influencer les hystériques ; il n'y aurait
la rien d'antiscientifique.
On le
voit, nous sommes déja loin des théories du professeur Bernheim.
Lors
d'une communication de Dumontpallier a la Société de Biologie, Paul Bert, qui
présidait la séance, avança ceci : « Depuis plus de trente ans, je suis avec le
plus vif intéret tous les progres de ce qu'on appelait autrefois le magnétisme
animal, et que l'on appelle maintenant l'hypnotisme. Eh bien, je ne vois dans les découvertes auxquelles
on arrive actuellement rien d'absolument nouveau. »
« Les
observateurs anciens ont vu, plus ou moins, tous
les faits qu'on donne aujourd'hui comme nouveaux et les ont décrits.
« Le
seul fait réellement nouveau, qui m'a le plus frappé, et que les anciens
magnétiseurs n'avaient jamais réalisé, c'est celui de diviser l'homme hypnotisé
en deux et d'en faire un individu double. » Et les phénomenes de somnambulisme
lucide, de double vue et d'autres encore étudiés par les magnétiseurs,
phénomenes qui n'arreterent sans doute point l'attention de Paul Bert, ne
prouvent-ils pas la dualité du magnétisé ?
« Nos
nombreuses expériences nous ont toujours démontré que l'hypnotisme proprement
dit avait une grande supériorité sur la suggestion verbale ou écrite.
«
Quelque théorie que l'on veuille donner de l'état du cerveau dans l'hypnotisme,
dit Dumontpallier, quelque doctrine que l'on veuille soutenir sur la
suggestion, restons sur le terrain pratique, et si l'on obtient du succes par
la suggestion verbale ou écrite, parce que «la foi guérit » J'ai obtenu des
succes plus remarquables et plus concluants avec
la suggestion hypnotique. C'est donc un devoir pour moi de rester fidele a l'hypnotisme dans la
pratique de certains cas déterminés ou la suggestion a l'état de veille se
trouve insuffisante. »
A la
deuxieme séance du Congres, dans une discussion entre les docteurs Félix
Regnault, Crocq fils de Bruxelles, Bérillon, etc., M. Regnault, parlant des
phénomenes observés chez les fakirs et chez certains animaux, est réfuté par M.
Crocq.
« Pour
ma part, dit ce dernier, je ne crois pas aux prétendus exploits des fakirs, et
je n'y croirai pas tant que je ne les aurai point constatés de mes yeux. »
« Notre
collegue Félix Regnault, répliqua Bérillon, est allé dans l'Inde et il a
assisté a des expériences réalisées par des fakirs. Il a vu, dans ces
expériences, une analogie avec les faits d'hypnotisme Je connais trop sa
sagacité et son esprit scientifique pour douter de ses affirmations.
D'ailleurs, le procédé de discussion qui consiste a nier un fait parce qu'on
n'a pas eu l'occasion d'en etre témoin n'a rien de commun avec le doute scientifique.
Un médecin français ne serait pas fondé a nier l'existence de la lepre ou de la
pellagre parce qu'il n'en a jamais observé dans sa clientele. Il en est de meme
en ce qui concerne certaines expériences d'hypnotisme. »
Voila de
bien bonnes et justes paroles, que nous devrions mettre en pratique.
M. Crocq
ajoute: «Contrairement a ce que vient de nous dire M. Bérillon, je vous pose le
principe suivant : « Si vous voulez vous tromper, expérimentez sur des
hystériques ».
« Cette
hypersensibilité et cette tendance a réaliser les désirs de l'hypnotiseur
existent au plus haut point chez les hystériques, dont l'intellectualité
complexe se prete peu a une analyse psychologique exacte. Voila pourquoi,
lorsqu'on veut étudier les phénomenes hypnotiques purs, sans mélange de
phénomenes névrosiques, il est préférable d'expérimenter sur des sujets normaux
qui réalisent parfaitement des états appartenant en propre a l'hypnose, sans y
ajouter des particularités pathologiques qui embrouillent singulierement les choses.
Si Charcot avait étudié l'hypnotisme sur des personnes saines, au lieu de se
servir de sujets hystériques simulateurs et auto-suggestibles a l'exces, il n'aurait pas édifié une théorie dont il
ne reste rien ou presque rien aujourd'hui. Et si un homme de la valeur de
Charcot a pu se tromper, quels dangers ne courons-nous pas en nous mettant dans
des conditions analogues ? Je conclus en disant que si l'on veut observer
sainement les phénomenes de l'hypnose, on doit, de toute rigueur, exclure de
ses expériences des sujets hystériques. »
Comment !...
Charcot pouvait se tromper !... Nous pensions que les savants ou les
hommes réputés tels ne pouvaient errer... Mais puisque un savant belge
l'affirme, nous sommes obligé de nous incliner, étant mieux que nous compétent
pour juger ses pairs.
Un
médecin, qui fut bien critiqué par ses collegues, le docteur Luys, avait
imaginé divers appareils qu'il employait, dans son service de la Charité, pour
fasciner et endormir ses malades. Il coiffait ses sujets d'un casque spécial ou
il leur faisait fixer un miroir identique a ceux qui servent a la chasse aux
alouettes. M. Luys obtenait ainsi des effets en tout semblables a ceux dus a
l'hypnotisme ou a la suggestion.
Malgré
ses procédés, trouvés bizarres, cet expérimentateur contribua, dans une large
mesure, a la diffusion de l'hypnotisme. On doit lui en savoir gré.
Nous
reconnaissons, avec les hypnotiseurs, que la suggestion joue un grand rôle dans
les phénomenes du magnétisme animal. Nous admettons ce qu'ils soutiennent sur
la plupart des phénomenes observés par eux, mais nous différons totalement,
lorsqu'ils veulent identifier certains faits du magnétisme, qu'ils n'ont pas
voulu étudier ou qu'ils n'ont point rencontrés, avec des effets hypnotiques
ayant quelque similitude.
Nous
affirmons que le somnambulisme magnétique n'a que des rapports éloignés avec le
somnambulisme hypnotique et que, contrairement aux assertions des neuf dixiemes
des hypnotiseurs ou suggestionneurs, nous soutenons qu'un agent transmissible
existe réellement, et que c'est lui qui provoque les cas profonds d'hypnose :
nous espérons prouver ce que nous avançons dans les chapitres suivants.
|